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hallucinations #1

13 Août 2026 , Rédigé par Farnese Publié dans #amitié

Ne pouvant pas me le payer, sevrage brutal de l’amisulpride. Je dors et délire. Je suis dans l’ancienne maison qu’on habitait avec ma mère, à R., en pleine campagne à la frontière française. Je sors de ma chambre d’enfant. Je vois le lampadaire qui donne sur ma chambre. Je n’arrive pas à dormir. Je vais voir Max, petit chien bâtard qui dort dans la cuisine. Je me couche sur le sol et le câline, le visage toujours à distance pour rester à l’abri de son agressivité. Il prend confiance et s’affaisse sur moi. Il vient se coucher sur mon ventre. Il ronronne, comme un chat, comme Khéops, mais je garde ma main gauche entre lui et mon visage. Il faut toujours s’en méfier, pauvre animal toujours menaçant.

Je suis dans le salon. Je dors dans le divan. Je dors avec nos chats : Khéops, Mozart, Isis, Athéna. Iels sont censé·es êtres mort·es, comme Max. Je sens leur odeur, leurs habitudes. Je fais un rêve dans le rêve. Il y a une détective blessée. Elle subit une drôle d’opération aux urgences. L’urgentiste lui râcle et ouvre le torse. La détective n’a pas de poitrine, ou je ne la vois pas. Elle est nue sans l’être, peut-être. Elle ressemble à Rosa Diaz. Les deux personnes qui l’ont trahie sont saisies par quatre hommes sur une autoroute. Ils les mettent dans une voiture qu’ils lancent sur la rampe d’un camion. Les traîtres arrivent dans un conteneur qui est saisi par une grue. Il est lâché dans la mer, peut-être l’océan. Mon regard survole la mer qui est peut-être l’océan, les immeubles, la ville. Je pense à mon amie évitante et ça me déchire. J’arrive aux urgences : la détective va survivre. Je tombe en pleurs, et sa mère s’amuse de mes larmes. La flic également, et, sur un ton de plaisanterie, elle me refuse l’entrée dans la salle d’opération. Je ne rentrerai jamais, mes larmes sont trop véritables.

Je dors dans le salon. L’espace est entièrement lumineux, blanc. Pourtant il fait nuit. Isis, Athéna, Khéops et Mozart dorment sur moi. Je sens leurs habitudes, leur chaleur. Le temps passe. Je sens leurs corps. C’est plus qu’un rêve, une expérience entièrement réelle. Je me sais en train de rêver et délirer. Je me regarde depuis Liège et depuis mon sommeil. Les heures m’échappent, je crois qu’on est au plus profond de la nuit, mais ma mère descend et me demande ce que je fais là. Il est 9h50, je devrais aller à l’école. Je n’y crois pas.

Je suis allongée par terre, sur le dos, les bras fixes le long du corps, immuables, ou si peu, je suis dans le recoin de la porte d’entrée, et je me meus comme un vers, rampant, ou roulant sur moi-même. Un néon encore emballé tombe par l’entrebâillement de la porte d’entrée, soudainement ouverte. Je tombe sur la neige en voulant le ramasser. Il disparaît. Il y a des vautours ou d’énormes mouettes ou goélands sur une break noir avec deux russes à l’avant.  J’ai peur.

Je n’arrive pas à ferme la porte. Elle se rouvre à chaque fois. Elle change. La clé change. Chaque geste la manque. Je désespère et tombe en pleurs.  Je n’arrive pas à fermer la porte. Je hurle pour qu’on m’aide à fermer cette porte. Ma mère se prépare dans la salle de bain et ignore mes cris. Je suis si impuissante, allongée sur le dos à même le sol, sans pouvoir me mouvoir. Elle finit par venir. J’ai peur de réussir à ferme la porte cette fois, et de révéler le subterfuge de mon délire. Je rate et j’échoue. La serrure et la clé changent. Je finis par réussir. J’entends ma mère et ma sœur commenter mon délire, je sais que je délire, que je suis en train de rêver et délirer, mais je rêve et délire tout de même, et je m’inquiète pour la porte.

Je colle mon corps contre elle, mais il est trop léger pour la retenir véritablement. Il y a encore les russes et les mouettes, peut-être. Je ne sais pas si on les voit. Ni s’ils existent. Je ne sais que ramper, et je n’arrive pas à dépasser le salon à cause des deux marches qui mènent à la salle de jeu. Ma sœur s’étonne que je fasse les gestes comme de caresser mes chats avec le visage : mais je les caresse pourtant véritablement dans mon délire. Ou j’en joue pleinement le jeu.

Je regarde le plafond. Les éléments ne cessent de changer. Il y a des griffures comme des étoiles que je n’avais jamais remarquées : elles sont pourtant immanquables. J’entends ma sœur et ma mère commenter ma folie. Je pense à ma grand-mère : peut-être va-t-elle venir veiller sur moi pendant que je délire. Je suis allongée sur le dos comme un vers, et le temps passe à mesure que le plafond change et que je me regarde délirer.

Chaque tentative de me reconnecter au réel échoue. Je suis vaporeuse. On me parle. Je sais qu’on me dit des choses sensées qui ont à voir avec mon délire, je les entends, comprends, mais je délire tout de même. Le plafond est changeant, lumineux. Les évènements du sol sont différents aussi. Il y a soudainement des feuilles mortes près de ma tête. Isis, ma chatte adorée, me caresse la tête, et je réagis : même si elle n’existe plus. À la fenêtre qui donne sur le jardin, à vingt mètres de moi, je vois une ombre qui essaie de voler Socrate, un chat qui n’existe pourtant pas en même temps que les autres.

Ma mère me tire jusque dans la cuisine, près d’une armoire insérée dans le mur. J’ai l’impression qu’elle veut me mettre dans le creux, là où notre chien Tom se cachait quand on devait le laisser seul. Ma sœur arrive, et je crois qu’elle veut me mettre dans le four qui vient d’apparaître à côté de moi. Je fuis, allongée sur le sol, rampant, et me cache dans un recoin de la cuisine, entre le vrai four et la porte de la buanderie. Ma sœur dit qu’elle va m’apporter un cadeau.

Retour dans le salon. Ma mère me dit qu’il est 22h. il fait noir. À mesure que je délire, je sais que je délire, mais je n’arrive pas à en sortir. C’est comme si ça demandait un simple effort, léger, mais je ne trouve pas la motivation ou la force de le faire, peut-être le courage.

Mon réveil sonne. Je me réveille de ce délire dans le rêve, mais je continue de délirer. Je me sais désormais dans le réel, mais quelque chose de vaporeux persiste. Je n’arrive pas à sortir du rêve. Je dois aller à l’université, mais je doute encore du réel. Si je croise O., je vais douter de sa réalité. Mais je ne croise ni ne parle jamais avec O., il n’y a aucune raison que ça se produise. J’ai peur d’envoyer un message à L., de lui dire que je délire, et que j’ai raison même dans le délire. Je suis si triste. J’essaie de me rendormir pour sortir du rêve. Il faut que je lutte. Peut-être que je peux reprendre de l’amisulpride en matinée. Ma mère m’a prêté de l’argent et je dois aller à la pharmacie ce matin. À la pharmacienne toute jeune qui s’habille comme une bourgeoise pincée, je lui dirai que je délire. Elle comprendra que je ne pouvais pas fais autrement. Que je n’avais pas le choix que de délirer. J’écris pour me souvenir de ce rêve et sortir du délire, mais ça persiste. J’ai peur de me lever.

J'étais véritablement dans la maison de mon enfance cette nuit. Folle, et entièrement réelle.

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